Vie de Mère Marie-Thérèse
du Cœur de Jésus
Théodelinde DUBOUCHÉ


1809  -  1863



 

Théodelinde Dubouché Théo pour ses proches – est née le 2 Mai 1809 à Montauban. Elle a une sœur Elisa et un frère Léon âgés de 8 et 7 ans. Sa famille n'est catholique que de nom, mais sa mère considère la fréquentation de l'église comme un devoir social et y envoie parfois ses enfants. Ils font aussi tous les ans un reposoir pour la procession de la Fête-Dieu où Théo, habillée en ange, jette des fleurs sur l'autel du Saint-Sacrement. Elle est tellement recueillie à l'église que sa mère l'appelle la petite dévote. Elle aime écouter les conversations des adultes et son intelligence se développe prématurément. Très indépendante, elle a pris pour emblème une cage ouverte et un oiseau avec cette devise : La liberté me rend fidèle.

 

A 12 ans, elle se prépare seule, par une retraite de 3 jours, à sa première communion. Elle prend d'étonnantes résolutions : se confesser et communier aux quatre grandes fêtes de l'année… mener une vie retirée… faire des lectures sérieuses. L'étude, la nature et l'art la passionnent. Elle choisit une nouvelle devise : L'obstacle excite mon ardeur, avec au-dessous un cheval au galop franchissant une barrière. D'ailleurs, elle fait de l'escrime et de l'équitation, pour fortifier autant sa santé délicate que sa volonté.

 

Vers l'âge de 14 ans, "j'éprouvai un ravissement très fort qui dura peu ; mais j'étais si transportée d'amour que je crus que je devenais folle." À 15 ans, elle reçoit la Confirmation et s'engage à faire chaque jour une visite au Saint-Sacrement. Après sa rencontre avec une jeune artiste, Théodelinde se passionne pour l'art et décide d'apprendre la peinture. Le Conservateur du Musée d'Orléans la laisse transformer en atelier une vieille tour du musée, où elle reste des journées entières. Tout en peignant, elle médite sur ses lectures, surtout Pascal.



En 1833, pour satisfaire son désir, ses parents viennent se fixer à Paris. Théo a 24 ans. Elle entre dans l'atelier d'un peintre de renom, Monsieur de Juinne, pour acquérir un grand talent. Elle mène de front vie de prière et vie mondaine : théâtres, concerts, réceptions littéraires où elle brille par son esprit. À cette époque, Théo travaille très dur, passant huit à dix heures par jour à l'atelier. C'est une véritable artiste ; pour elle la peinture est une passion, peindre est une façon d'épancher au dehors ce trop-plein qui fermente dans son cœur et dans son esprit.

 

En 1835, à 26 ans, Théo reçoit sa première grâce extraordinaire. Au cours de sa prière du soir, elle est comme foudroyée : "Un feu ardent d'amour pour Dieu s'alluma dans mon cœur… je priais, j'aimais, j'adorais Dieu comme je ne savais pas qu'on pût le faire… cet état dura quelques jours." "Par hasard", elle a acheté un Manuel du Chrétien contenant les Psaumes, les Epîtres et les Evangiles, qu'elle n'avait jamais lus en entier. Le livre l'exalte et, non sans angoisse, elle se décide à consulter un prêtre qu'elle sait éclairé et très bon. Elle s'attend à être sévèrement réprimandée ; au lieu de cela, elle est sidérée de l'entendre lui demander si elle a jamais pensé à se faire religieuse pour répondre aux grâces dont Dieu la submerge. Il lui conseille de communier très souvent : "Dieu vous aime et vous veut à lui." Théo est abasourdie, mais les mots "Dieu vous aime" brûlent dans son cœur.

 

Le 25 Février 1847, un songe singulier lui montre Notre-Seigneur couronné d'épines, la tête couverte d'un voile. S'inclinant vers elle, il pose sur ses lèvres deux gouttes de sang qui sortent de sa bouche blessée : "Tu es ma bien-aimée, je t'ai choisie. Ces deux gouttes de sang de ma bouche, je te les donne pour les pécheurs." Théodelinde réalise qu'elle doit peindre la vision de la Sainte Face qui s'est imprimée dans son cœur.

 

Au début de 1848, Théo s'installe avec son père dans les dépendances du Carmel de la rue d'Enfer ; elle peut ainsi mener une vie retirée avant de pouvoir y entrer elle-même. Quand la Révolution éclate, elle passe les "Journées de Février" dans la prière et la supplication. L'idée lui vient d'associer d'autres personnes à son appel pour la paix et le salut de la France. Elle instaure une "Quarantaine de Réparation" dans la chapelle du monastère. Elle attend quarante personnes, il en vient deux cent cinquante et beaucoup souhaitent voir se former une Association. Dès le mois de Juin, elle a réuni deux mille adhésions.

 

La dernière phase de la révolte et la pire commence le 23 Juin. Des barricades sont dressées dans les rues, et la violence est terrible. Bien que ce soit l'Octave du Corps du Christ, aucune église parisienne n'ose exposer le Saint Sacrement. Malgré cela, les nouveaux Associés de la Réparation se relayent pour la prière et prennent de grands risques à travers les rues transformées en champ de bataille. Au 29 Juin, le dernier jour de l'Octave, le gouvernement a repris le contrôle de la ville.



Dans la nuit du 29 au 30 Juin 1848, entre 1 et 3 heures du matin, temps d'adoration de Théodelinde : "Je vis Notre-Seigneur sur l'autel comme sur un trône. Il mit un canal d'or sur son Cœur, en posant l'autre extrémité sur le mien… Puis il fit couler dans mon être une vie qui m'aurait fait mourir sans un miracle." Et elle entend, sans paroles : "Je veux des adorations et des réparations… il me faut une consécration religieuse, il me faut des âmes toujours devant moi pour recevoir ma vie… et la communiquer aux âmes qui sont à moi dans le monde." Théo rapporte sa vision à Mère Isabelle, la Prieure du Carmel, et lui suggère de créer un "Tiers-Ordre de la Réparation" voué à l'adoration eucharistique et à la réparation.

 

Le 6 Août 1848, jour de la Transfiguration, huit jeunes filles, invitées par Mère Isabelle à rejoindre Théodelinde, se rassemblent autour d’elle. Un an plus tard, à la Pentecôte 1849, elle reçoit l'habit marron de la communauté, prononce ses vœux et devient Mère Marie-Thérèse du Cœur de Jésus. Sans qu'elle puisse s'en douter, la Congrégation de l'Adoration Réparatrice est née.

 

En 1854, les Sœurs s'installent dans l'ancien monastère des Ursulines au 14 de la rue des Ursulines

 

Au printemps 1855, Mère Marie Thérèse part pour Rome défendre les intérêts de la Congrégation. Le 19 Avril, elle est reçue en audience privée par le Pape Pie IX qui l'exhorte à donner à son Institut un esprit de zèle pour la conversion des pécheurs.

 

Le 8 novembre 1855, elle est gravement brûlée dans l'incendie de la chapelle. La sœur sacristine avait laissé un candélabre allumé près d'une tenture qui ornait la chapelle. Tout s'était embrasé en un instant. Mère Marie-Thérèse tirera de cette souffrance une vraie expérience spirituelle et elle en fêtera l'anniversaire chaque année jusqu'à sa mort. "Qu'est-ce qu'une gloire matérielle, soyez saintes mes filles. Soyez saintes."  Le vrai sanctuaire, c'est notre cœur.



En 1861, elle achète un terrain rue d'Ulm et supervise les travaux du nouveau monastère.


En Juillet 1863, la santé de Mère Marie Thérèse décline et elle reçoit le Sacrement des malades. Fin Août elle se fait transporter au nouveau monastère où elle s'éteint doucement le 30 Août, disant faiblement : "Je vois… Je vois… Je vois…"



Mère Marie-Thérèse repose aujourd’hui dans une petite alcôve de la chapelle de la Maison Mère au 39, rue Gay Lussac, Paris Ve.